Condamnant les manœuvres de désinformation d’officiels à tous les niveaux et des médias d’état tentant de faire croire à l’incohérence des décisions du Forum des Forces Vives:
Rappelant que le forum des Forces vives s’était engagé avec le CNDD dans un partenariat basé sur une confiance réciproque dans le but de favoriser la conduite d’une transition consensuelle et apaisée:
Considérant que le Forum des Forces Vives n’a jamais contesté ni la paternité du comité ad hoc ni ses conclusions et qu’il a, au contraire insisté conséquemment, sur la mise en place d’un comité de suivi aux fins de veiller au respect strict du nouveau chronogramme et d’éviter ainsi d’autres retards dans son application;
Rappelant que le forum des Forces Vives a rejeté l’ordonnance portant création du conseil national de Transition en raison de l’augmentation unilatérale de son effectif convenu qui était de 163 membres au lieu de 244 ainsi que pour la modification de sa composition, notamment l’omission de la société civile;
Soulignant que l’engagement du Chef de 1’Etat à ne pas se présenter à la prochaine élection présidentielle a fait l’objet d’un serment solennel et répété devant l’opinion nationale et la communauté internationale et que la violation de cet engagement saperait dangereusement les fondements même du consensus national et de la paix civile ;
Jugeant qu’en cas de violation par le Chef d l’Etat de son engagement, la monopoli1sation actuelle des médias d’état, la multiplication et instrumentalisation de groupes de soutien, la militarisation de plus en plus poussée de l’Etat et de l’administration territoriale, l’utilisation massive des fonds publics a des fins de propagande malgré la misère généralisée des populations, la personnalisation progressive du pouvoir pourraient conduire à l’organisation d’élections qui ne seraient ni transparentes, ni crédibles et ni acceptables avec des risques de contestation et de troubles sociaux majeurs ;
Déplorant l’aggravation de la pauvreté des populations guinéennes privées depuis de longs mois de l’aide de la communauté internationale et gravement affectées par le tarissement des ressources financières internes, du fait du ralentissement de l’activité économique ;
Déplorant a violation répétée du domicile de M. Mamadou Mouctar Diallo, Président des Nouvelles Forces Démocratiques (NFD) par des groupes militaires;
Le Forum des Forces Vives de Guinée
Décide de ne pas donner une suite favorable à l’invitation du Chef de l’Etat à participer à une réunion de concertation au Palais du Peuple le lundi 31 fout 2009. 11 considère que cette rencontre élargie aux présidents de CRD et autres responsables administratifs et politiques ne constitue pas le cadre approprié pour débattre avec sérieux et sérénité de questions liées à un sujet aussi important que la transition;
Rappelle son opposition catégorique à la candidature du capitaine Moussa Dadis Camara ou de n’importe quel autre membre du Gouvernement ou du CNDD à la prochaine élection présidentielle et ce, pour garantir la transparence, la régularité et l’équité du scrutin;
Reste toujours dans l’attente des réponses du chef de l’Etat sur la question de l’effectif et de la composition du CNT et dénonce par avance toute récupération de ce point de désaccord pour justifier un quelconque retard dans la mise en place de l’institution et dans l’application du chronogramme adapté;
Exige l’accès des partis politiques aux médias d’état afin de favoriser l’expression libre et équitable des différents courants de pensée et d’opinion de la nation;
Déplore l’entrave à la liberté d’expression que constitue la mesure officielle d’interdiction des SMS au niveau des opérateurs de téléphonie mobile;
Attire l’attention du CNDD et du gouvernement sur les risques sérieux d’émeutes populaires liées à la misère généralisée et à l’absence de perspectives économiques, en raison de la situation chaotique générée par la gouvernance politique et économique actuelle;
Exprime sa solidarité vis-à-vis de M. Mamadou Mouctar Diallo Président des NFD et condamne énergiquement les tentatives d’intimidation et l’atteinte aux libertés fondamentales dont il est l’objet;
Exige la relance des travaux de la Commission Nationale d’enquêtes sur les tueries de juin 2006 et janvier- février 2007 ainsi que la poursuite des audits tels que prévus par la plateforme des Forces Vives;
En appelle au sens de l’Etat et à l’esprit patriotique maintes fois revendiqués par lui, pour demander au Capitaine Moussa Dadis Camara d’éviter de faire, en ces moments cruciaux, des choix politiques qui pourraient ébranler profondément et durablement les fondements même de la nation guinéenne. Il se doit de rester l’arbitre neutre et impartial nécessaire à la réussite de la transition;
Réitère son appel au peuple de Guinée pour lui demander de rester vigilant et mobilisé afin de s’opposer énergiquement à toute forme d’accaparement du pouvoir autrement que par les urnes et dans le cadre d’élections libres, justes et transparentes.
Cette femme est une participante à la formation à l'Internet. Même si elle parle Français, elle fait beaucoup de ses activités en bambara. Le jour où j'ai commencé à expliquer l'Internet en bambara, quand elle a vu mes propres articles publiés sur mon blog fasokan sur maneno, elle s'est étonnée en disant comment cela a pu se réaliser! Elle m'a dit pour quoi je ne me suis pas promené pour avoir des informations sur nos anciennes pratiques et les publier sur fasokan comme j'ai eu à faire des billets sur d'autres pratiques.
Je lui ai répondu que cela se fera et que le fait d'apprendre l'Internet aux populations rurales et leur montrer comment on peut écrire en bambara sur les blogs sur Internet permettra à chacun de s'exprimer sur le thème qu'il veut.
Quand je clique sur une partie et qu'une phrase apparaisse en bambara, elle lit cette phrase, et s'étonne. Elle dit qu'on a fait un grand pas et que s'il ya des choses à vulgariser, c'est cette initiative pour nos langues nationales
Ceci est un projet dénommé "toujours pas sage"; C'est projet de formation à Internet en milieu rural. La formation se tient à Ségou et à Sanogola-Bamoussobougou à Cinzana-Gare au Mali. La formation était tenue par Boukary Konaté au Mali, Albertine et Caroline venues de Pa ris pour l'occasion et Claire depuis paris qui assurait la formation en ligne par Internet. La formation est basée sur l'apprentissage de l'Internet et la manipulation des appareils photos numériques et des téléphones portables pour faires des photos et des vidéos. Caroline donnait des cours de Français aux enfants et pratiquait des jeux avec eux et cela les amusait beaucoup. La formation prenait aussi en compte l'apprentissage de l'Internet en langue bambara dans le domaine de l'information.
La formation a commencé à Ségou, nous avons formé beaucoup de personnes. De là-bas, nous sommes allés à Cinzana-Gare à 37 km de Ségou. En ce moment, deux autres personnes sont venues de Paris qui sont Nadine et son fils Solale. Ceux ont aidé Caroline à s'occuper des enfants et à les faire jouer. Les activités se sont très bien passés dans toutes ces deux localités, les participants sont contents et ont appris beaucoup de choses. Les Français sont retournés à Paris, nous les remercions infiniment. La formation continue toujours dans tous ces deux lieux et est assurée par Boukary Konaté et nous sommes appuyés par les Parisiens en ligne sur Internet. Après ces images dans cet article, vous pouvez trouver toutes les informations de cette formation sur le site http://toujourspassage.tumblr.com et @toujourspassage or sur le blog workshop.segou sur maneno.
Dans ce travail, nous remercions la Fondation Orange Mali pour nous avoir attribué deux mois de connexion à Ségou et deux mois de connexion à Cinzana-Gare, l'ONG Jigituguton à Ségou pour nous avoir attribué une salle pour la formation, Mr Jean-Marie Kéita à Cinzana-Gare, pour nous avoir facilité le déplacement entre Ségou et Cinzana en nous prêtant sa voiture, le projet PRECAD et la mairie de Cinzana pour nous avoir facilité le lieu pour la formation.
Nous continuons à remercier les Français d'avoir effectué ce déplacement pour venir nous former en Internet au Mali ici. Nous remercions Claire pour beaucoup de choses et sa participation à la formation en ligne sur Internet. Nous remercions infiniment tous ceux qui ont fait un appui matériels par le courage d'Albertine à Paris.
Je livre ici in extenso les réflexions d'un citoyen mauritanien sur la question linguistique, ce problème épineux de bien d'États africains. Vu la longueur du texte, je le présente en deux parties :
Elle constitue l’épine dorsale de la question nationale en Mauritanie. Elle suscite passion de part et d’autre des lignes de démarcations idéologiques et ethniques des mauritaniens. Par sa position sur la question linguistique, le mauritanien nous affirme son « camp » : celui d’une Mauritanie entièrement arabe ou à arabiser, celui d’une Mauritanie multinationale et multiculturelle, ou celui d’une Mauritanie « gangarienne » nostalgique d’un passé dont les fouilles accouchent avec difficulté la fierté d’une civilisation enfouie dans les décombres de l’Histoire. C’est que la langue et la culture ont de tout temps constitué les principaux attributs par lesquels les peuples déterminent leur identité et se valorisent face aux autres. C’est aussi les attributs pour lesquels l’autre est admiré, l’autre est méprisé, l’autre est accepté, l’autre est refusé. Quelqu’un disait que « la langue est l’âme d’un peuple ». L’âme, ce n’est pas seulement ce qui donne la fierté d’être et d’exister, c’est ce qui permet d’exister, c’est ce qui fait vivre. C’est pourquoi l’âme exige de tout temps respect et considération. Sans âme l’humain ne vit point, n’existe point. Ainsi, les conflits culturels et linguistiques deviennent des conflits pour l’existence, pour la vie. Le Beydane, d’origine arabe et berbère, tient aujourd’hui à son arabité face à une culture négro-africaine qui l’entoure de toutes parts et qu’il a épousée depuis des siècles. N’en déplaise aux « négationnistes », le Beydane est aujourd’hui l’addition de langues arabe et berbère à une culture négro-africaine. Ses castes, sa musique, son organisation sociale, ne relèvent en rien de l’arabité, mais d’une négritude que la Mauritanie doit apprendre à assumer. De l’autre côté, le Négro-africain, conscient de sa faiblesse institutionnelle et économique face au nationaliste Beydane qui lutte, non seulement pour un retour aux sources de l’arabité de sa composante ethnico-culturelle, mais aussi pour une assimilation culturelle et linguistique de toutes les communautés nationales, exige la reconnaissance de ses valeurs pour la survie de son âme. Au milieu, le Hartaani, ancien esclave ou nègre oublié au fond des oasis par ses parents repliés vers le sud, tient à sa spécificité. Spécificité qui n’est non seulement linguistique et culturelle, mais aussi raciale. Car, pour faire la différence, il faut faire appel à la différence. Face au Négro-africain, le Hartaani exige la reconnaissance d’une culture désormais hybride, d’une histoire désormais singulière et d’une condition sociale particulière. Face au Beydane, la couleur de la peau et la condition sociale sont mises en avant. Le Beydane doit accepter et reconnaître la FAUTE. Si on n’exige pas de lui le pardon, il doit s’engager dans la réparation qui devra constituer la reconnaissance implicite de ses tords, prélude à toute forme de réconciliation. Le Négro-africain est prié de ne pas jouer le jeu égoïste de ses propres intérêts en voulant, au nom des liens de sang et de couleur, assimiler à sa personne les préoccupations particulières des esclaves et des anciens esclaves. Il est prié d’accepter les conséquences de l’Histoire qui a façonné une autre communauté, même si comme Hawwaa créée à partir des cotes d’Aadama, elle a été créée de sa chair et de son sang. Le Hartaani est singulier, le Hartaani se veut différent. La Mauritanie doit apprendre à en tenir compte.
L’originalité de la question mauritanienne réside dans le fait que le pays constitue le seul état au monde où blancs et noirs sont appelés à vivre ensemble, non pas de leur propre volonté, mais de celle du colonisateur. Aujourd’hui, force est de constater que les peuples, face à cette situation, ont acquis une certaine maturité dans la cohabitation. Ce qui manque, c’est la mise en service de cette maturité au service d’un idéal, pas républicain, mais humaniste. Si les émirats maures et berbères ont de tout temps coexisté avec les empires et les républiques d’Afrique noire voisines, ont noué des alliances, ont favorisé des mariages interethniques entre leurs leaders, jamais il n’a existé de projet officiel, ne serait-ce que napoléonien, de fusion de leurs états à l’image du projet français de rattachement de la rive droite du fleuve Sénégal à la colonie dite mauritanienne. Ce rattachement, même s’il a été fait dans l’injustice et le mépris des communautés noires, doit pouvoir aujourd’hui servir à la matérialisation de cet idéal humaniste. Le propre des sociétés modernes, avec toute la légitimité des préoccupations républicaines, c’est de mettre l’état, la nation, la frontière, au devant de tout, quitte à oublier l’homme, quitte à sacrifier la femme. C’est au nom de cet idéal républicain que le jacobinisme français a massacré la grande majorité des langues et cultures du territoire pour créer son état nation. C’est au nom de cet idéal aussi que les idéologues arabes baathistes ou nasséristes prônent la panarabisme. C’est au nom de cet idéal que les Kurdes sont massacrés en Irak, dominés en Turquie, ignorés en Syrie et en Iran, que les berbères sont priés de se taire en Algérie et au Maroc, que les tchetchènes sont martyrisés, que les tutsis sont tués, que le Darfour est brûlé et que les négro-mauritaniens sont déportés. Pour une fois, nous, mauritaniens, pourrons arriver à mettre l’humain au devant. A savoir que ce n’est ni la république, ni l’état, ni la nation qui créent notre volonté de vivre en commun, mais que c’est d’abord nous, en tant qu’humains, qui sommes le moteur de l’état, de la république, de la nation, et de notre volonté de cohabitation dans l’harmonie, la paix, la justice et l’égalité. L’humanisme c’est par rapport à l’autre. C’est cette posture et cette capacité à accepter l’autre comme étant moi. C’est cette capacité à voir la couleur de l’autre comme non pas la couleur d’une race, mais une couleur de l’humain. C’est cette posture du donner et du recevoir, comme le disait Khrisnamurti. C’est le fait d’accepter que ce qui lui appartient est à moi, et que ce qui me revient est à lui. Cette vision de la vie n’est assimilable ni au jacobinisme réducteur et assassin, ni au multiculturalisme diviseur et égoïste. Depuis mai 1968, les élites dites révolutionnaires de gauche, n’ont trouvé comme paravent face à la politique assimilationniste de la France que le droit à la différence. Malheureusement, ce droit à la différence a tout de suite été interprété comme un projet, un devoir, une obligation à la différence. En Mauritanie, l’opposition Noire (négro-africaine et haratine) a revendiqué la différence culturelle et/ou linguistique. Ce qu’on ne voit pas, c’est que le multiculturalisme, s’il peut être revendiqué, n’est pas un projet en soi, il est un fait. On peut tout au plus revendiquer son respect. Et encore. Il n’existe nulle part dans le monde un état monolingue ou monoculturel. Le multiculturalisme et le droit à la différence étaient des préoccupations de minorités occidentales face aux républiques « culturivores » qui ravageaient tout sur leur passage. En Afrique, la langue dominante était encore celle du colon. C’est pourquoi il nous semblait prématuré de parler de droit à la différence là où il n’y avait encore droit à l’existence pour aucune langue du pays. Les gauchistes africains ne l’avaient pas encore compris. Et cet état d’esprit fait encore des ravages dans de nombreux pays comme le Sénégal où le combat des minorités est plus dirigé contre le wolof que contre le français dont la position de langue officielle et d’éducation est plus qu’illégitime, inappropriée, et inacceptable. Cheikh Anta Diop était l’un des rares intellectuels africains à avoir compris cette situation en revendiquant l’éducation, l’administration et la formation dans les langues africaines. Il était le seul intellectuel qui liait indépendance politique et indépendance culturelle. Mais nous remarquerons que lui aussi était tombé dans le piège de l’idéal républicain jacobiniste. En proposant la wolofisation de la société sénégalaise, Cheikh Anta n’allait encore que creuser plus profondément la blessure des inégalités ethniques et culturelles qui polluent le paysage sénégalais. En Mauritanie, la situation peut sembler un peu différente. Depuis la colonisation, l’arabe résiste tant soit peu face au français. Mais l’arabe n’est jamais arrivé à supplanter le français à l’image de certains pays comme la Libye ou les pays du Golfe. C’est pourquoi le droit à la différence comme crédo politique peut sembler prématuré voire insensé pour certaines couches de la population. Mais si l’intellectuel ou l’opposant Noir revendique ce droit, c’est par conscience du projet des Nationalistes Beydanes qui voudrait, non seulement une Mauritanie débarrassée de la tutelle de la langue française, ce qui est légitime en soi, mais aussi et surtout une Mauritanie entièrement arabisée. Ce qui diviserait les Nationalistes arabes, ce n’est pas le projet en soi, mais les stratégies et les moyens à mettre en œuvre pour arriver à ses fins. Si pour les Nassériens l’assimilation à la française est légitimée par le fait que tous les mauritaniens sont musulmans, les Baathistes eux, prônent la solution radicale d’une purge par déportations voire d’un holocauste « humanisé ». C’est ce qu’ils ont tenté de mettre en œuvre depuis le conflit de 1989 en massacrant et en déportant des centaines de milliers de Noirs vers le Mali et le Sénégal, en purgeant l’armée par des massacres injustifiés, et en procédant à des licenciements massifs de l’armée, de la police, de la garde nationale, de la fonction publique et des sociétés d’état.
Le droit à la différence a eu comme effet de creuser le fossé entre l’intellectuel opposant Noir et sa base populaire. Même si la guerre civile de 1966 et le manifeste des 19 ont sonné la cloche de l’alerte, la base populaire mauritanienne à l’instar d’ailleurs de beaucoup de cadres, n’a véritablement pas vu arriver le feu qui menace encore de brûler la maison. Notre combat linguistique et culturel en tant qu’opposition crédible et digne de la confiance de notre peuple est double : c’est d’abord un combat commun contre la prééminence et la domination de la langue française, et un combat pour un projet de société dans laquelle tous se reconnaîtront mauritaniens à part entière. Pour cela, il faut oser.
Le droit à la différence a eu aussi comme principale conséquence, la vision essentiellement statistique des relations interethniques en Mauritanie. Dans le Manifeste du Négro-mauritanien Opprimé, les Forces de Libération Africaines de Mauritanie, démontraient à l’appui de statistiques irréfutables, comment culturellement et linguistiquement les noirs étaient dominés dans le pays. Mais cette analyse ne fait pas état de l’aspect qualitatif des relations interculturelles. Si à la radio et à la télévision nationales la visibilité d’une telle domination ne nécessite aucune étude statistique, une étude qualitative quant à elle s’impose pour le mauritanien moyen. C’est la négritude senghorienne qui louait le sens dans la culture négro-africaine en qualifiant la raison d’hellène. Encore aujourd’hui, dans une certaine élite et chez la majorité des populations africaines, le développement reste lié aux langues et cultures européennes. C’est cette conception de la langue qui est transposée dans nos quotidiens culturels, à la radio, et à la télévision. Tout ce qui est moderne, musique ou information scientifique ou politique, est donné dans la langue française. On ne peut même pas « demander un disque des auditeurs » en pulaar, wolof, ou sooninké si le morceau choisi relève de la musique moderne. On n’a le droit d’écouter Bob Marley ou Michael Jakson que si on parle et comprend français. Les informations ne sont données entièrement qu’en français et en arabe. En Pulaar par exemple, le journal parlé est presque entièrement consacré au Tagge (avis de décès) de Amadou Tidiane BAL. C’est la même situation pour le wolof et le soninké. Cette situation est justifiée par le fait que même chez l’opposition ou certains « militants » de la promotion des langues nationales, le français doit rester cette langue « d’ouverture ». Mais elle nous ouvre à quoi ? Comment peut-elle prétendre au statut de langue d’ouverture si à cause d’elle le Jaljallo qui ne comprend pas français ne sait pas que la mondialisation est entrain de l’achever à petits feux. L’ouverture, c’est la promotion d’émissions culturelles et scientifiques dans nos langues nationales. Des émissions qui permettent à nos concitoyens d’être au courant et au diapason de la marche de la modernité, des émissions qui leur permettent de connaître d’autres modes de vies, d’autres peuples, d’autres civilisations et d’autres cultures. Ceci ne peut se faire que dans leurs langues qu’ils comprennent. La langue d’ouverture, c’est notre propre langue maternelle. Il faut aussi que l’élite arrête d’insulter le peuple en donnant des discours politiques en français. La politique, c’est un choix de société. Quand on choisit un modèle de société pour des humains, le minimum de respect voudrait qu’ils comprennent ce qu’on leur propose. Par la culture, à la radio et à la télévision, on peut créer une autre société. Une société dans laquelle chacun donnera ce qu’il a aux autres. Une société dans laquelle chacun acceptera les présents des autres. Pourquoi encore les émissions en pulaar ne passent pas de la musique maure ? Pourquoi les émissions arabes ne passent pas de la musique sooninké ? Voilà le véritable problème de la construction de cette nation en devenir. On veut que chacun reste de son côté, dans son petit coin, au moment où la mondialisation culturelle court à la vitesse de la lumière. Notre seul salut réside dans l’interculturel. Il n’est ni dans le jacobinisme, ni dans le droit à la différence, encore moins dans le droit à la déportation et aux purges. Oui au « muynan am mi muynan maa », mais osons aller au de là. Le droit à la différence est légitime dans l’objectif intermédiaire de la « culture des cultures non cultivées ». C’est d’ailleurs un des principes fondamentaux de l’interculturel, mais il ne peut et ne doit en aucun cas être perçu comme un projet politique. C’est une simple étape. Pour une véritable politique interculturelle, il faut une égalité des cultures en présence. C’est en ce sens que le développement des cultures dominées demeure un préalable fondamental. C’est en ce sens aussi que la reconnaissance mutuelle est une condition sine qua non. C’est pourquoi la situation culturelle et linguistique mauritanienne peut nécessiter une discrimination positive, qui ne doit pas être perçue comme un objectif en soi, mais comme un préalable à l’égalité des chances de nos langues et de nos valeurs.